1920 – 1950
« La vitesse est fonction du moindre effort. On fait le plus rapidement possible les choses ennuyeuses et pénibles ; voilà pourquoi les machines ont été inventées ; mais, – et c’est une erreur du monde moderne, – les loisirs ainsi conquis, au lieu d’en jouir, nous les avons consacrés à travailler davantage, à surproduire ! »
Cette réflexion date de 1920. Elle est signée Paul Morand (1888 – 1976) qui deviendra ambassadeur pour le gouvernement de Vichy, laissant libre cours à son anglophobie et son antisémitisme. Ne gardons que cette réflexion sur la vitesse qui est reine semble-t-il dans notre XXe siècle. Paul Morand, qui fut académicien lorsque le Général de Gaulle suspendit le veto qui empêchait son élection, en était un adepte. A partir de ces trois éléments, vitesse, surproduction et loisirs, explorons le Challans des années 1920, soit, au sortir de la Grande Guerre.
La vitesse est appréciée lors des courses de vélos. En 1924, un très nombreux public se réunit Place du Commerce pour voir passer les coureurs du « Circuit de Vendée ». Une course interrégionale sur un parcours de 80 km est organisée l’année suivante, à l’occasion de la Foire des Minées. Dès 1911, des courses se disputaient sur une piste de 400 mètres, aménagée sur le Champ de Foire. Par contre, en 1923, on fustigeait dans les journaux, ces jeunes cyclistes imprudents qui foncent dans les rues et perturbent les piétons.

Les accidents d’automobiles sont de plus en plus nombreux car les carrefours ne sont pas protégés et, la règle qui demandait de descendre de voiture pour vérifier que le passage était libre, n’est plus respectée. La vitesse n’est pas mère de prudence !
Les automobilistes qui traversent la ville à toute allure, nous disent les chroniques, sont également pointés du doigt.
Par temps de pluie, les façades sont maculées de boue ; par temps sec, la poussière soulevée fait tousser les piétons. Les rues ne sont alors qu’empierrées et leur réfection doit attendre la venue du très rare « rouleau à vapeur » appelé plus-tard le « rouleau compresseur ».
Le maire sévit par un arrêté : la vitesse des automobiles est limitée dans les rues du bourg à 12 kilomètres/heure et cela concerne également les voitures hippomobiles, victimes elles-aussi d’accident par excès de vitesse ou… de gros-plant. Une exception est tolérée pour le raid hippique qui est une course d’attelages sur route, souvent entre deux communes.

La vitesse n’est pas le point fort des trains même s’ils rivalisent sans peine sur les longues distances avec un équipage de chevaux et plus encore de bœufs. Le train qui va de Challans à Fromentine ne roule qu’à 15, puis 25 km/h, car doté d’un nouveau matériel en 1914. Celui qui va de Nantes à La Roche-sur-Yon par Challans va deux à trois fois plus vite mais s’arrête dans chaque gare pour des manœuvres, car il est mixte. Il faut donc détacher ou raccrocher les wagons de marchandises sur les voies d’évitement, ce dont se plaignent les voyageurs.
La surproduction, qui va donc de pair, ne semble pas toucher la commune de Challans. Elle est pourtant encouragée dès 1919 : « L’avenir de la Vendée sera radieux. Mais il faut produire de plus en plus, procéder au remembrement, et employer de nouveaux modes de cultures» professe un conférencier invité à s’exprimer. La production industrielle, elle, est atone à Challans : une brosserie, une fabrique de liqueurs, une distillerie, une minoterie et une tuilerie mécanique viennent de disparaître.

Par contre, on réclame un quatrième champ de foire pour le marché aux volailles, florissant.
Pour les loisirs et le sport en particulier, le conférencier qui s’invite en mairie en 1920 est un militaire. La France, décimée par la Grande Guerre doit refaire des soldats et regarder du côté des pays nordiques qui ont amélioré le physique de leur population grâce au sport. Le message sera entendu. Le Sporting-Club sera créé à l’issue de cette conférence et bientôt, on aménage le terrain des Mouclets qui, situé au point culminant de la commune, reste praticable toute la saison d’hiver. Ce terrain, où se déroulait autrefois la foire de septembre, était planté de beaux arbres. Trente et un châtaigniers ont dut être abattus pour dégager le terrain de sports. Ils ont été vendus par adjudication et pour l’aménagement, on a ouvert une souscription chez Achille Ligneron, épicier place du Commerce. Parmi les disciplines proposées, on inclura l’apprentissage du tir qui doit préparer à la conscription.

Autre divertissement, on danse et on chante, avant même que les parquets itinérants existent. Ce sont les bars qui se chargent de l’animation, ce qui ne plait pas à tout le monde, témoin cet article de La Dépêche Vendéenne du 10 mars 1912 :Depuis quelques temps il se produit dans notre ville un désordre qu’il est urgent de faire cesser. C’est le tapage qui a lieu presque tous les soirs à la sortie des bals que donnent plusieurs cafés. Notre population, calme et laborieuse est réellement fatiguée d’un tel état des choses. Notre gendarmerie dont nous estimons d’ailleurs la fermeté, ne pourrait- elle pas faire une ronde à l’heure légale de la fermeture des débits. Par cette vigilance, elle s’attirerait encore plus, j’en suis sûr, la sympathie des honnêtes gens. Signé « un bourgeois paisible ».
La cohabitation n’est donc pas sereine entre les jeunes gens dont certains n’échapperont pas aux massacres des tranchées et leurs aînés qui réclament le calme.
Pourtant, c’est entre 1920 et 1930 que Challans connaîtra, sur la place du Champ de Foire, le plus de festivités. Rien qu’en 1922, on compte les passages de six troupes de théâtre ambulantes, de deux grands cirques, auxquels il faut ajouter de nombreux concerts et des soirées récréatives. C’est au cours de cette dizaine que se dérouleront les quatre fêtes du printemps auxquelles participe activement la population.
Ils avaient raison d’en profiter, les challandais car la « grande dépression » après le « Krach boursier » de 1929, aux Etats-Unis va entraîner pour de nombreux pays, comme la France, chômage, pauvreté et instabilité politique.

Fin 1949, la ligne Challans Fromentine est stoppée définitivement et les rails, rapidement démontés. Les liaisons par cars deviennent prioritaires. On va désormais à Fromentine par les cars Boutolleau, à Saint-Gilles par les cars Citroën, aux Sables par les cars Sablais, à Saint-jean-de-Monts par les cars Morineau, à la Roche, par les Autobus Vendéens, à Cholet par les cars Bulteau. Problème, ils s’arrêtent et partent de la place des petites halles, déjà saturée par le trafic existant et impraticable les jours de marché et de foire.
On trouvera la solution en répondant à une attente fort ancienne mais toujours refusée : l’ouverture d’un quatrième bureau de tabac, à l’hôtel de la gare ! Et on transfère alors sans problème les départs et les arrivées, transformant une première fois la gare S.N.C.F. en gare routière.

Apparaissent, en province, les premiers rallyes automobiles, ouverts aux conducteurs, donc pilotes amateurs, qui enfilent un casque en cuir, pour prendre le volant de leur 4 chevaux Renault ou de leur 203 Peugeot. Ce n’est pas seulement la vitesse qui est alors privilégiée mais la maniabilité. Apprendre à maîtriser son véhicule fait partie des épreuves de tels rallyes : parcours sur une place délimitée par des bidons, marche arrière (sans caméra de recul), démarrage en côte sans faire tomber la quille posée contre le pare-choc arrière, gymkhana avec arrêt à cheval sur la marque tracée au sol, sans oublier l’apprentissage de la navigation à la carte Michelin pour aller d’une épreuve à l’autre. Une sorte d’école de conduite post-permis rose.

La vitesse et la circulation automobile deviennent un sujet majeur dès 1952
Le préfet propose à la commune d’afficher une vitesse autorisée pour la traversée de la ville : 60 km/h pour les voitures de tourisme et 40 pour les camions. La ville choisi 50 en raison de l’étroitesse des rues et 40 pour les poids lourds. Des panneaux vont être placés à chaque entrée de ville et on pose quarante panneaux de signalisation pour réguler la traversée de la ville.
On projette d’améliorer la circulation autour du jardin public. Les automobilistes venant de Soullans prennent indifféremment la voie de gauche comme celle de droite et se retrouvent face aux voitures qui descendent, elles aussi par les deux voies ! Et ça fait boum ! Mieux, on tente, pour la première fois de détourner le flux des voitures, qui toutes passent par la place centrale, vers les boulevards existants : Boulevard de Strasbourg, boulevard Pasteur, boulevard de l’Est, boulevard des F.F.I. puis boulevard Dodin. Mais ce n’est que trente ans plus tard, avec la mise en sens unique de certaines rues du centre, que les automobilistes changeront leurs habitudes.
Désormais, nous voyons fleurir sur les rues du centre-ville, les conseils de prudence : 30 et 20 kilomètres/heure. Encore un petit effort, et nous reviendrons peut-être, comme au début du siècle de la vitesse, à 12 kilomètres/heure.
E.C.
Sources : Maison de l’Histoire – Journal le Phare – illustrations : couverture des Aventures de Bob et Bobette, album « Le teuf-teuf club » de Willy Vandersteen ; Shenov et archives personnelles.
© La Maison de l’Histoire, 30 octobre 2026 – Erick CROIZÉ
