
Ce cliché, réalisé par Philippe Café, le photographe installé quelques années rue de la Bonne Fontaine, interroge. La salle des fêtes, juchée sur le marché couvert de la place Aristide Briand, présente sur son flanc gauche trois hauts tuyaux de poêle échappés par les ouvertures de la salle de spectacle et du hall d’entrée.

Nous sommes en 1947, et les restrictions qu’imposent encore les années d’après-guerre, nous permettent de documenter et d’expliquer leur présence.
Au mois de juin, des éléments de la chaudière des bains-douches municipaux du boulevard Pasteur ont éclaté. Il vont être remplacés… en prélevant le matériel sur la chaudière de la salle des fêtes… par Léopold Groussin, le plombier de la rue Bonne Fontaine, presque le vis-à-vis du studio-photo de Philippe Café où se forma un autre photographe : Daniel Perraudeau.

L’opération est réalisée en attente d’un changement complet, effectivement programmé si l’on en croit l’augmentation des tarifs qui en découle : pour résorber le déficit d’exploitation des bains publics, ceux-ci seront portés au premier septembre à 30 frs (anciens francs) pour le bain, et à 18 frs pour la douche.
La manipulation technique n’est pas sans effets négatifs pour la salle des fêtes où l’on a tenté de pallier l’emprunt en installant, temporairement, une chaudière récupérée à l’hôpital Biochaud, dans un local inondé.
Le rendement de ce chauffage d’occasion pose problème. Monsieur Noblet, qui a remplacé le défunt Constant Debouté à la présidence des Œuvres Post Scolaires (O.P.S.) qui gèrent la salle, signale la défectuosité du chauffage, entraînant la dégradation des peintures intérieures et extérieures. Les O.P.S. acceptent le chauffage de fortune installé pour cette année, tandis que la ville prend en charge la réfection des peintures extérieures, et avance une somme de 75.000 frs à la société pour l’intérieur (750 nouveaux francs – 114.34 euros). Monsieur Maurice Belet fils fera les travaux de peinture.
Mais, c’était attendu, la chaudière provisoire finit par rendre l’âme !
Maurice Guillet, l’exploitant de l’Arpett’s, le seul cinéma challandais de l’époque, est autorisé pendant cette rupture de chauffage à installer trois poêles à charbon en modifiant le contrat d’assurance. Les O.P.S. demandent à la ville de prendre au plus vite en charge la réparation ou le remplacement de la chaudière. C’est de nouveau Léopold Groussin qui fournira le devis.

La ville propose l’installation à ses frais, mais demande en contrepartie une augmentation du loyer des O.P.S. Le montant de la dépense est estimé à 1.000.000 frs. La ville souhaite récupérer 33 % des charges de l’emprunt sur 30 ans. Monsieur Marais, nouveau président des O.P.S, accepte un loyer annuel de 50.000 frs, mais le nouveau chauffage n’est toujours pas installé et nous sommes désormais en 1950 !
Le plombier Groussin, rue Bonne Fontaine, enlève finalement le marché du chauffage de la salle des fêtes pour 1.149.000 frs.
On imagine pendant près de trois hivers au moins, les spectateurs de la salle des fêtes groupés auprès de ces sources de chaleur, et passant l’entracte autour des poêles, pendant que André Grohard installe les deux premières bobines du grand film de la soirée, et que Maurice Guillet, le patron, recharge le charbon pour conserver une température acceptable.
Si les années de guerre s’éloignent et si Challans est proche de basculer dans les Trente Glorieuses, pour aller au spectacle ou au cinéma, il est préférable de ne pas oublier sa petite laine !
Note : Les Trente Glorieuses : 1945 -1973.
Sources : Maison de l’Histoire (Shenov) ; archives de la Vendée (via Les Nouvelles de Challans) ; collections Raoul Breteau et Roby.
© La Maison de l’Histoire, 8 mai 2026 – Erick CROIZÉ
