On vous raconte des histoires / 3 – La fête de la Libération à Challans

En 1946, l’État choisit le 8 mai pour fêter officiellement la Libération. Comme ce jour n’est pas encore férié, on donne la possibilité de le reporter au dimanche suivant.

Les photographies de cet article datent donc du dimanche 12 mai 1946. Ce ne sont pas celles des manifestations officielles qui se déroulèrent le matin, mais celles qui occupèrent l’après-midi. Challans renoue ainsi avec la tradition festive qui la caractérisait avant la Seconde Guerre Mondiale.

Ces festivités sont organisées par le Syndicat d’Initiative, dirigé depuis 1935 par Joël Martel. Et comme à l’accoutumée, elles commencent à la gare, où l’on recevait les groupes folkloriques, les fanfares ou les troupes de comédiens invités. Ils étaient toujours accompagnés par des faux officiels venus de Paris, mais en fait, montés dans le train à la gare de la Garnache.

Ce cliché nous montre la cour de la gare de Challans. Les rails que l’on remarque au sol sont ceux du train de Fromentine. Le camion est peut-être celui de la laiterie Saint-François, car le « Grignous Circus » est une des inventions de Marc Bossis, le fils de l’entreprise. Depuis plus d’un an, l’occupant est parti et si les restrictions sont encore patentes, on n’hésite plus à s’amuser à la moindre occasion, surtout pour fêter la Libération. Le public est venu nombreux pour accompagner la parade du cirque d’un jour, présentée par de jeunes challandais, tous amateurs. Debout sur le plateau du camion, s’abritant d’un parapluie, c’est Gaston Ligneron, le photographe de la Place du Commerce.

Un second véhicule, hippomobile celui-ci, emporte un bouquet de jeunes filles en costumes folkloriques qui représentent plus la Pampa que le Marais Vendéen.


Au balcon de la maison de gauche, la famille Piveteau suit le départ des artistes et des faux officiels. Accompagnés de la musique, ils vont remonter la rue Gambetta et se rendre place Aristide Briand, devant les halles, où une piste et des gradins ont été installés.

Et c’est parti ! Et voici les cavaliers qui peut-être, ferment la marche.

Toujours dans la cour de la gare, les faux officiels eux, ont défilé devant les musiciens. Viennent-ils de Nantes comme souvent, où est-ce La Lyre challandaise ?

Arrivé au centre du bourg dont toutes les rues sont pavoisées, une mignonne petite fille a remis à l’invité d’honneur le traditionnel bouquet.

Voici la piste et les gradins du Grignous Circus, installés devant les halles, au-dessus du blockhaus enterré, déserté par l’occupant.

A peine Challans libérée des derniers soldats allemands, on y avait fait brûler un bûcher, surmonté de la photographie du Führer, décrochée de l’hôtel de ville.

Ces fauves-là, dirigés par Pierre Croizé, semblent bien inoffensifs, et le public, nombreux, ne cache pas son plaisir.

Inoffensifs ? Le dompteur terrassé se fait pourtant rouler dans la sciure parmi les éclats de rires.

En arrière-plan, la Pharmacie Centrale qui a remplacé les Nouvelles Galeries et la rue Gobin, où l’on devine le chapiteau d’un manège alors qu’une jeune fille réalise son numéro.

Aux fenêtres de la Pharmacie Collignon, comme à celles du Central Café, «Chez Joseph », on ne perd pas une miette du spectacle qui s’achève par une joyeuse farandole.

Qui est cette jeune femme surprise par l’objectif du photographe ? Si elle avait alors 20 ans, elle serait aujourd’hui centenaire ! Quelqu’un, peut-être, aura la réponse ?

E.C.


© La Maison de l’Histoire, 16 avril 2026 – Erick CROIZÉ / © Photos Marc Bossis et Pierre Croizé