Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
À bicyclette
Nous étions quelques bons copains
Y avait Fernand, y avait Firmin
Y avait Francis et Sébastien
Et puis Paulette
Ces paroles sont signées Pierre Barouh (1934-2016), la musique de Francis Lay (1932 – 2018). Cette chanson fut toutefois enregistrée sous le titre de « La Bicyclette » car Bourvil avait déjà déposé à la SACEM, un texte portant ce titre.
Je m’en allais chercher des oies
Du côté de Fouilly-les-Oies
À bicyclette
Soudain qui vois-je devant moi
Une belle fille au frais minois
A bicyclette
Les paroles cette fois-ci sont signées René Laquier, Etienne Lorin et Bourvil.
L’enfance Vendéenne de Pierre Barouh, pendant l’occupation, fournit les souvenirs qui inspirèrent sa composition. La bicyclette était alors le moyen privilégié pour tous les déplacements.
En 1940, la bicyclette a déjà pris une place considérable dans les déplacements individuels, dans le monde du sport et celui du travail. Elle fait partie, aux Pays-Bas, depuis 1920, de la culture nationale et tient une place de choix chez les Français, depuis l’organisation, en juillet 1903, du premier tour de France.
Elle est la vedette de plusieurs films comme « Jour de fête », premier chef-d’œuvre de Jacques Tati en 1949, ou « Les triplettes de Belleville », comédie de Sylvain Chomet, film récompensé du César de la meilleure musique.
Comme le vélo de François le facteur, pour « Le triporteur » de Jacques Pinoteau, sorti en 1957, c’est l’outil de travail qui devient, à l’écran, la vraie vedette. Et le capital de sympathie qu’exercent ces deux machines profite autant, au réalisateur du premier qu’au comédien du second, Darry Cowl, dont la carrière fut lancée par cette comédie à succès.
Paulus, comédien amateur, fut quelque temps Challandais. Il travaillait à l’entreprise d’électricité Breton, rue du Petit Bois, lorsqu’il entra aux Amis du Théâtre et participa à quelques spectacles, inspirés par la bicyclette.
Les sketchs et courts-métrages sur le thème du facteur et du vélo, que Jacques Tatischeff, de son vrai nom, donnait sur les scènes des cabarets parisiens avaient séduit la troupe challandaise qui présenta plusieurs spectacles dans le cadre des Galas de l’ Étoile du Marais entre les années 1950 et 1957.
Paulus, qui disposait d’un talent comique et d’un physique à la Darry Cowl y faisait merveille. Le voici, à droite sur cette photographie, dans un sketch se déroulant dans un bar, décoré en fond par l’Étoile, le logo de l’Étoile Sportive du Marais, l’E.S.M.
Dans un autre gala, l’un des tableaux avait pour thème l’apprentissage du vélo et de son entretien par les futurs facteurs. Les dialogues étaient écrits par la troupe mais les sketchs étaient directement inspirés, sinon copiés, sur Jacques Tati.

Les troupes d’amateurs, à cette époque, aimaient beaucoup chanter et déclamer des textes comiques. C’était la grande époque des chansonniers qui trouvaient sur les scènes des cabarets, un tremplin idéal pour se faire connaître. Les cabarets chantants n’existaient pas en province hors des grandes villes, les amateurs compensèrent cette absence jusqu’à l’arrivée de la télévision. Voici les Chansonniers du Marais, tous commerçants challandais.
Marcel Elineau (magasin de chaussures rue Carnot) ; Augustin Traineau (bijoutier rue Carnot) ; Pierre Burgaud (volailler rue Carnot) ; Pierre et Nicole Croizé (teinturier rue Bonne Fontaine) ; Christian Piveteau (négociant en tissus sur les marchés) ; au piano, Madame Moreau-Quillec (magasin de literie rue Gobin).
Des vélos pour tous… mais pas pour « toutes… »
Retour à la bicyclette et au vélo de travail. Lors de l’exposition sur l’histoire du vélo, présentée à l’Espace Martel, en novembre et décembre 2023 par la Maison de l’Histoire, de magnifiques vélos de travail étaient présentés par Thierry Chevrier, collectionneur qui privilégie les pièces qui racontent une histoire.
Les transports collectifs (la première image de cet article), les vélos adaptés aux métiers qui nécessitent le déplacement d’un atelier mobile, les vélos de livraisons, sont le fruit de ses recherches.
De magnifiques spécimens ont pu être ainsi présentés. C’est le cas du vélo du rémouleur, astucieusement organisé autour de l’énergie fournie en pédalant.


Contrairement à ce que pourrait laisser penser cette image, les femmes ont dû batailler fermement pour conquérir le droit d’utiliser ces machines que l’homme se réservait. Beaucoup d’interdits, dont le coût très élevé des premiers modèles, s’ajoutèrent aux recommandations du corps médical, assurant que le fait d’enfourcher une bicyclette, pouvait entraîner un obstacle à la procréation !
C’était à la fin du XIXe et encore au début du XXe siècle. Mais que dire alors de « Wadjda », un film tourné en 2012 par la cinéaste Saoudienne Haifaa Al Mansour, qui relate l’histoire d’une petite fille qui ne rêve que de s’acheter un vélo pour faire la course avec son ami Addallah. Problème, en Arabie Saoudite, les bicyclettes sont réservées aux hommes, car elles constituent une menace pour la vertu des jeunes filles. L’héroïne arrivera à réunir la somme que sa mère refuse de lui fournir pour acheter son vélo et le film emportera de nombreuses récompenses dans le monde.
A la suite de sa sortie, la police religieuse autorisera les femmes à faire du vélo, dans certains lieux et sous certaines conditions comme être accompagnées par un membre masculin de leur famille.

Seuls, en province, les médecins pouvaient s’offrir un tel luxe, pour aller visiter leurs patients, ou quelques nobles ne refusant pas le progrès en chevauchant ce magnifique vélocipède, offert par la famille Boux de Casson à Marcel Pothain.

Marcel Pothain

Passionné par la petite reine, coureur amateur dans ses jeunes années, Marcel Pothain, après Les Sables d’Olonne, choisira de s’installer à Challans. Collectionneur, il s’intéressera aux premiers vélocipèdes et aux grands-bis, puis aux motos et aux Solex. Il fit don de son importante collection à diverses personnes mais une partie fut offerte à la ville de Challans, qui l’accepta. Certains modèles, malheureusement, prêtés à des personnes indélicates, disparurent de la collection. C’est le cas de deux Solex, un tandem et un modèle pour enfant, deux modèles atypiques.
Si cette collection ne peut être exposée en permanence, faute de lieu adapté, elle mériterait d’être entretenue et restaurée, car certaines de ces pièces sont rares.
Recherche mécaniciens bénévoles !
La Maison de l’histoire, organisatrice de cette exposition qui avait compté 800 visiteurs, n’a pas dans son équipe ou dans ses adhérents, les mécaniciens passionnés qui pourraient redonner à ces antiquités l’éclat qu’ils ont perdus. Mais si, lecteur ou lectrice, le défi vous tente, contactez-nous.
Photographies : Shenov ; archives des Amis du Théâtre ; Didier Le Bornec ; affiche de l’exposition : Cécile Martineau.
© La Maison de l’Histoire – mardi 25 février 2025, Erick CROIZÉ.