Basket – Une double minute de silence

En avril 1974, j’animais la quinzaine commerciale de Vihiers, dans le Maine et Loire. Une commune qui ne souffrait pas encore de la concurrence des hypermarchés choletais. Implantés de l’autre côté de l’importante agglomération des Mauges, il fallait traverser la ville pour les atteindre – pas de contournement à l’époque – ce qui rebutait les consommateurs Vihiersois.

La grande place centrale recevait un grand marché chaque semaine qui n’avait rien à envier à celui de Challans. Je travaillais le samedi, mais lorsque j’étais à deux heures environ de Challans, les soirs de matchs, j’arrivais à temps à Vrignaud pour tenir le micro.

Georges Pompidou était décédé dans la semaine, le 2 avril 1974. Ce mardi, veille du marché, je n’avais diffusé que de la musique classique sur la sonorisation de la ville.

Pour le match du samedi soir, dont j’ai oublié l’affiche, toutes les rencontres sportives devaient respecter une minute de silence à la mémoire du Président de la République. Je n’avais jamais fait cet exercice particulier dans ma jeune carrière, et c’était donc pour moi une première.

Les équipes que je devais présenter entrent sur terrain, s’alignent. Présentation des joueurs, applaudissements. Et là, j’annonce : « Mesdames et messieurs, en mémoire du Président de la République Georges Pompidou, nous vous invitons à respecter une minute de silence. »

Georges Pompidou (Histoire – Fernand Nathan 1972 – d§b)

A voir cette foule se lever, j’avoue avoir ressenti une certaine fierté… qui fut de courte durée, car je pense soudain que je n’ai pas de montre et que je suis incapable de mesurer où en est la fameuse minute.
Je n’ose troubler le silence en m’adressant à mes voisins, car tous regardent droit devant eux. C’est stupide, il suffisait de dire à la table de marque, je n’ai pas de montre, faites moi signe lorsque la minute sera achevée. Hélas, impressionné par la solennité du moment, je n’y avais pas pensé.
Passé trois minutes, un œuf n’est plus à la coque, il devient mollet mais rien n’est perdu, mais une minute de silence, c’est presque militaire ! Je n’ose arrêter ce recueillement alors que certains, dans les tribunes, commencent à s’agiter. Les spectateurs échangent des regards, d’autres s’assoient. Je suis tellement paniqué que je n’arrive pas à me décider à dire « Merci ! » ce qui romprait le silence et mettrait un terme à cet exercice.
Finalement, je m’assieds moi-même et les spectateurs dont les regards se concentrent sur le pauvre speaker me suivent. Je ne suis plus fier de moi du tout.

C’est probablement la plus longue minute que j’ai connue de ma vie !

Heureusement, le match commence, on oublie l’incident… pas moi. Mauvaise soirée Pompidolienne !

Erick CROIZÉ

Prochain épisode : Espionnage et victoire à la Rotonde du Mans


© La Maison de l’Histoire, 4 février 2026 – Erick CROIZÉ