Challans basket – Le déplacement à Berck et la choucroute de la gare de l’Est

1974-1975 – Berck défendait son titre de champion de France, acquit la saison précédente. Challans, coaché par Serge Kalember, lui avait volé l’un de ses américains, Bob Cheeks et faisait figure de challenger.

Ce long déplacement – il y a cinquante ans, les autoroutes étaient moins nombreuses – avait été divisé en deux avec une étape à Paris. Les transports Ringeard inauguraient un nouveau car dont les sièges, pour le retour de nuit, se transformaient en couchettes. Moins confortables que les fauteuils habituels dans la version assise, la version couchée montra vite ses limites, mais si le retour fut chahuté, c’est pour une tout autre raison.

Bob Cheeks en mars 1973, alors dans l’équipe de Berck…

L’étape du vendredi soir, dans un hôtel parisien fut précédée d’un dîner à la Brasserie de la Gare de l’Est, célèbre pour sa délicieuse choucroute que j’avais eu le plaisir de goûter deux fois. Dans l’équipe d’accompagnement, figuraient Benjamin Cacaud, Jean-Hugues Grelier (si mes souvenirs sont exacts), le journaliste Guy Raffin, et le chauffeur, seul au volant à cette époque.

Les accompagnateurs commandèrent la délicieuse choucroute, les joueurs et l’entraîneur, un steak et de la salade. Sauf, sauf René Massuyeau qui, ayant entendu parler du plat maison, avait l’œil qui brillait. Il n’osait faire part de son choix au maître d’hôtel devant le regard décomposé de Serge Kalember qui, ayant deviné son intention, intervint pour l’en dissuader. Mais René avait vraiment envie de cette choucroute et c’est Benjamin qui trancha l’affaire : « Laissez-le manger sa choucroute tranquille ! » Nos trois Américains ne semblaient pas imaginer à quoi l’assiette qu’on allait lui servir ressemblait, mais quand elle fut sur la table, les commentaires et les blagues fusèrent.

Le lendemain soir, la grande salle de Berck avec ses gradins très hauts et très pentus nous attendait. Dès l’échauffement, on comprit que le capitaine, Patrick Petit, n’était pas en forme. Il avait de la fièvre et on lui administra une piqûre sur le banc, pour la contrer. René, lui, n’avait pas l’air dans son assiette ! Beaucoup moins que le soir précédent !

Berck attendait Challans de pied ferme et surtout Bob Cheeks qui fut victime d’une surveillance particulière et accusa rapidement trois fautes ! Kalember n’avait d’autre choix que de le rappeler sur le banc alors que Patrick, courageux mais en sueur, n’en pouvait manifestement plus. Ces deux éléments sortis, il fallait faire appel à René Massuyeau, lequel grimaça en se levant, se tenant le ventre ! Le coach, furieux, le poussa presque sur le terrain où il eut beaucoup de mal à tenir sa place, implorant qu’on le fasse sortir.

L’affaire était mal engagée et dès ma mi-temps, la messe était dite. Le champion de France en titre nous mit une trentaine de points au final. La défaite n’avait rien d’exceptionnelle mais son ampleur fut mise sur le compte de la choucroute. Dans le car du retour, il n’y avait que deux accusés : René Massuyeau et Benjamin Cacaud, car, sans la goûter, Serge Kalember l’avait également très mal digérée.

Le lundi matin, le match fut visionné à la salle Vrignaud. Peu de chose à dire, les images parlaient d’elles-mêmes. La Brasserie de la Gare de l’Est était toujours elle aussi au banc des accusés !

Pourtant, elle est vraiment délicieuse cette choucroute ! Tellement qu’il est difficile d’y résister !

Berck BC contre l’ESM Challans saison 1974 – 1975

© Photo tirée de la page Facebook « Chroniques illustrées de l’AS Berck et du Berck Basket Club » administrée par Didier Fourquet.
Commentaire de Didier Fourquet : « Pour Berck de gauche à droite , D. Dobbels , B. Bryl, J. Caulier et M. Stewart , J. Wright caché par Massuyeau. »
Commentaire de Dominique Arnaudeau : « Pour Challans JI Rocheteau, Tom Lee, Bob Cheeks, Jojo Balavoine, René Massuyeau. »

Prochain épisode : Espionnage et victoire à la Rotonde du Mans

Erick CROIZÉ


© La Maison de l’Histoire, 15 janvier 2026 – article Erick CROIZÉ – recherche des illustrations et légendes Didier LE BORNEC